Les équipes défendent-elles moins bien ? Attaquent-elles mieux ? Ou les deux ?

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Illustration par Jeff

C’est au détour d’une conversation puis d’une vérification que cette anomalie m’est apparue. Le Heat, meilleure attaque en 2012-2013, avec 111,4 d’Offensive Rating, serait la 9e attaque NBA en 2018-2019. À l’inverse, les Bucks, meilleure défense en 2018-2019 avec 104,9 de Defensive Rating, aurait été la 17e défense en 2012-2013. Une meilleure attaque globale ? Une moins bonne défense globale ? Tentative(s) de réponse(s).

Remettons-nous dans le contexte. En 2012-2013, Stephen Curry est, à peine, en train d’exploser, en même temps que des Warriors limités tactiquement par Mark Jackson. C’est également l’année où Ray Allen sauve le Heat au match 6 des finales NBA avec un tir venu d’ailleurs. En bref, on est assez loin de la NBA actuelle, même si on s’en rapproche petit à petit.

Expliquons également, pour les moins initiés, la notion d’Offensive et de Defensive Rating. C’est une mesure de l’efficacité offensive et défensive. Plus précisément, c’est le nombre de points marqués, pour le premier, et de points encaissés, pour le deuxième, sur 100 possessions. C’est-à-dire que, sur 100 possessions, en moyenne, le Heat a marqué 111,4 points en 2012-2013 et que les Bucks ont encaissé presque 105 points en 2018-2019.

Pour expliquer l’écart développé en introduction, deux théories s’offrent à nous : les équipes NBA attaquent mieux ET/OU les équipes NBA défendent moins bien. La seconde théorie est quasiment impossible à vérifier. Même si ça l’était, il faudrait des milliers d’heures d’analyse et des centaines de pages. Tout cela pour comparer avec précision l’intensité défensive et les tactiques mises en place. Elle n’est également pas vérifiable statistiquement. En revanche, l’autre hypothèse est vérifiable. Et comme dans toute bonne démarche scientifique, après la question, la recherche et l’hypothèse, vient l’analyse (oui, j’ai sauté l’expérience parce que les joueurs l’ont déjà faite à ma place et parce que je n’étais pas très bon en sciences).

Analyse statistique

Tout d’abord, l’Offensive Rating moyen en 2012-2013 était de 105,8 alors qu’il était de 110,4 en 2018-2019 (les plus attentifs me diront que ce sont les mêmes chiffres pour la défense mais on a déjà dit que ce n’était pas possible d’analyser l’évolution de la défense, il faut suivre !). On a donc une augmentation assez conséquente de l’efficacité offensive. Dans le même temps, il y a eu une augmentation du eFG% passant de 49,6 % en 2012-2013 à 52,4 % en 2018-2019. Le Effective Field Goal Percentage est une statistique qui pondère les tirs à deux et à trois points au niveau du pourcentage, c’est-à-dire, qu’elle prend en compte, dans son calcul, qu’un tir à trois points vaut un point de plus qu’un tir à deux points. 33,33 % à trois points vaut donc 50 % dans cette statistique car 2/6 à trois points équivaut à 3/6 à deux points (6 points dans les deux cas en 6 tirs).

Il y a donc une meilleure efficacité au tir que l’on peut mettre en relation avec l’augmentation du nombre de tirs à trois points. En 2012-2013, 24,39 % des tirs pris étaient des tirs à trois points (20/82) contre 35,87 % en 2018-2019 (32/89,2). Dans le même temps, le pourcentage est resté à peu près similaire (35,9 % à trois points en 2012-2013 contre 35,5 % en 2018-2019) : les équipes NBA n’ont pas sacrifié la quantité à la qualité, ce qui a permis une hausse de l’efficacité.

Dans le même temps, il y a également eu une (légère) hausse du pourcentage aux lancers francs (75,3 % en 2012-2013 contre 76,6 % en 2018-2019). Cette augmentation a également participé à la hausse du True Shooting Percentage passant de 53,5 % en 2012-2013 à 56 % en 2018-2019. Le TS% est basé sur le même principe que l’eFG% sauf qu’il prend également en compte dans son calcul les lancers-francs. Le pourcentage au tir global a également augmenté passant de 44,8 % en 2012-2013 à 46,1 % en 2018-2019. Même dans les tirs à deux points, il y a eu un gain d’efficacité entre les deux.

Un autre facteur qui a joué dans cette hausse de l’efficacité est l’augmentation de la Pace, c’est-à-dire, le nombre de possessions jouées par match. Ce qui pousse les équipes à jouer de plus en plus up-tempo, comme on l’appelle outre-Atlantique, c’est, encore une fois, la recherche de l’efficacité. En effet, la transition est la façon de jouer la plus facile de marquer des points à haut pourcentage. La raison étant que la défense adverse n’est encore bien en place. Cela facilite l’accès au cercle ou les tirs ouverts à 3 points.

Exemple concret : les Rockets

Ce subit gain d’efficacité est à mettre en parallèle avec la démocratisation des analytics, ou des statistiques avancées en français. Ces statistiques ont montré que les tirs les plus efficaces étaient les tirs à trois points, les tirs en-dessous du panier et les lancers-francs. Les équipes ont donc été obligées de suivre la tendance de ce jeu binaire caractérisé par les Rockets comme le montre cette répartition des tirs couplé avec une échelle d’efficacité :

Les Rockets tirent uniquement dans la raquette ou à trois points, quitte à perdre de l’efficacité pure au tir, que l’on regagne par une efficacité globale. Autrement dit, les Rockets ne sont pas très adroits dans les tirs qu’ils prennent mais comme ce sont des tirs très rémunérateurs, quand ils les rentrent, ils sont léthales. Les Rockets ont, en effet, fini la saison avec le 2e meilleur OffRtg avec 114,9 points inscrits pour 100 possessions, juste derrière les Warriors avec 115 points marqués pour 100 possessions.

Ce jeu assez binaire est possible grâce à une adaptation tactique. Sur le terrain, les Rockets mettent assez souvent en place cinq joueurs (au minimum quatre) capables de marquer des tirs à trois points. Chris Paul, James Harden, PJ Tucker et Eric Gordon font partie des cinq joueurs qui jouent le plus et ont tous les quatre un pourcentage à trois points supérieur à la moyenne. Vous rajoutez un très bon intérieur finisseur près du cercle capable de rattraper les sublimes passes d’Harden et de Paul, en la personne de Clint Capela, et vous avez l’équipe offensive moderne par excellence.

De plus, comme les quatre menaces extérieures de Houston obligent les défenseurs à rester collé proche de la ligne à trois points, ça empêche les coéquipiers de venir aider sur une pénétration vers le cercle d’un James Harden. Sinon ce dernier lâche la balle à un coéquipier ouvert à 3 points, faisant pleuvoir les paniers longues distances. Le Barbu a donc un libre accès au cercle (il ne reste que son vis-à-vis mais c’est une formalité). Il a alors deux options : finir en lay-up ou en dunk tranquillement OU l’intérieur qui reste sur Capela vient lui bloquer l’accès au panier. Harden a donc, là encore, deux options : il va chercher la faute afin d’aller sur la ligne des lancers-francs OU envoyer la balle à Capela qui va finir près du cercle. La recherche de l’efficacité poussée à son paroxysme.

La défense dans la NBA actuelle n’a donc jamais été aussi difficile. Entre les tirs à trois points, les paniers sous le cercle, le jeu rapide etc., la maximisation de l’efficacité offensive a accouché d’un problème insoluble pour les défenses NBA. Comme la défense n’est qu’une question de choix, que laisser à l’adversaire ? Des tirs ouverts à trois points pour se focaliser sur la défense des paniers près du cercle ? L’inverse ? Bref, les équipes NBA doivent faire face à des casse-têtes, la plupart du temps, insolubles.

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