Les Bonnes Mauvaises Affaires #4 : Vlade Divac – Kobe Bryant, ou l’art de créer une dynastie en deux temps trois mouvements

Posted on
Illustration par Flo

Si comme nous à All Around – NBA vous suivez la NBA depuis un petit moment déjà, vous devez sûrement avoir quelques exemples en tête si je vous parle des bonnes pioches de trades. Dans cette série, on vous parlera de traces qui ont marqué l’histoire ou qui ont permis de fortement renforcer une équipe, alors que sur le papier le vainqueur de ce trade ne paraissait pas évident… Vous me suivez ? Peu importe, installez-vous et préparez-vous pour le récit historique de papi.

Contexte

Pour nous remettre dans le contexte, retournons en 1995, un jeune lycéen domine outrageusement le championnat. Son lycée ? Lower Merion High School, en Pennsylvanie. Son nom ? Kobe Bean Bryant. Car oui, comme l’a fait Kevin Garnett un an auparavant, Kobe Bryant saute la case université et, du haut de ses 17 ans, s’inscrit à la draft NBA de 1996 (qui deviendra une des meilleures cuvées de l’histoire). Il n’est pas le favori de cette draft loin de là, et ce malgré sa distinction individuelle qu’il reçoit après sa dernière année lycée, le Naismith High School Player of the Year. Il valait en 1996 quelques 30,8 points, 12 rebonds, 6,5 passes (ça n’a jamais été son point fort les passes à cet homme-là) 4 interceptions et 4 contres par match : absolument personne ne pouvait discuter de son talent et de cette récompense extrêmement méritée. Avant d’entrer en NBA, Kobe s’est bien évidemment assuré le spot du meilleur marqueur All-Time de Pennsylvanie devant un certain… Wilt Chamberlain, rien que ça. 

Les Lakers, oui, les mêmes que ceux qui ont signé un certain Shaquille O’Neal cet été-là sont séduits par le jeune prospect malgré son inexpérience universitaire. Ils cherchent, de plus, un relais, un bras droit, un lieutenant au Shaq pour viser loin et gagner un (ou plusieurs) titres. En signant Shaq, ils sont donc contraints de bencher ou trader leur ancienne star Vlade Divac qui avait fait les Finals avec les Lakers en 1991 (qui se sont soldées par une défaite contre les Bulls de Jordan). 

Cette saison 1995-1996 est également lourde en émotion avec notamment, LE retour de l’icône éternelle (désolé LeBron et Steve Nash) des Lakers. De Janvier à Mai, c’est un Magic Johnson vieilli, fatigué, et qui a pris un peu de poids, qui revient sur les terrains NBA. Mais c’est Magic, et après 5 ans d’inactivité en NBA (on ne compte pas le All Star Game 1992), c’est une nouvelle incroyable de le voir rejouer, même 4 mois et même au poste 4. Saison au cours de laquelle il présentera des stats très sérieuses au vu du contexte : 14,6 points, 6,9 passes et 5,7 rebonds du haut de ses 36 ans. Dans cette deuxième partie de saison, il formera une raquette efficace avec Vlade Divac, comme quoi, aux Lakers, la fin d’une ère en amène directement une nouvelle. 

Divac n’était pas qu’un pivot, lieutenant de luxe de Magic, il a une expérience internationale qui fait rêver tous les internationaux, aujourd’hui encore. Avant d’arrivée en NBA en 1989, il était déjà médaillé d’argent aux Jeux de Séoul et champion d’Europe en 1989 à Zagreb. Il complètera la boucle l’année suivante en remportant les championnats du monde en Argentine. Outre l’international, Divac réussit brillamment son entrée en NBA puisqu’il est sélectionné dans la All-NBA First Rookie Team. Pour un joueur de 22 ans, il possède déjà une expérience incroyable car en deux ans il passe de Belgrade à une Finale NBA (après avoir (quasiment) tout gagné à l’internationale). 

Le soir de la draft

Il n’est donc absolument pas évident que Kobe vaille Vlade Divac à l’époque où le trade est effectué. Mais les Lakers sentent le coup et veulent tenter un trade pour monter dans la draft et sélectionner Kobe Bryant. Car oui, ce n’est pas en finissant 4ème de la Western qu’ils pourraient drafter haut, ou en tout cas pas assez haut pour avoir Kobe. Se met donc en place une recherche de trade entre les Lakers et une équipe ayant un lottery pick. 

Ce sera finalement la franchise de Charlotte, les Hornets, et leur treizième choix qui feront affaire avec les Lakers. Les Hornets eux trouvent en Divac l’opportunité d’avoir un vrai bon pivot capable de (bien) jouer tout de suite. En lâchant Divac, les angelinos prennent le risque de perdre un très bon pivot futur All-Star contre un lycéen rempli d’incertitudes sur son intégration en NBA. Mais Jerry West est confiant dans sa décision de prendre Bryant comme en témoigne ses mots à Jerry Buss à l’époque : « le vrai numéro 1 de cette draft ». 22 ans ont passés depuis, et ces interrogations se sont quelque peu estompées comme nous le développerons après. 

On a beau tous connaître de nom Kobe Bryant, il ne faut pas non plus mettre sur le côté Vlade Divac voire totalement l’oublier comme nombreux sont habitués à le faire. Pour refaire l’histoire, Divac est un pivot serbe, incroyablement expérimenté pour son âge. Les Hornets recherchent de l’expérience pour continuer à progresser et essayer de combler le départ de Zo Mourning un an plus tôt. De plus, avec la perte de Larry Johnson cet été-là, Divac s’avère être essentiel dans cet effectif qui vient de louper les playoffs. 

Après l’échange : la carrière de Kobe, la suite de Divac

La première saison donnera raison aux Hornets, le Serbe tourne en quasi double-double : 12,6 points et 9 rebonds avec 2,2 contres et 4 passes, qui pour un pivot sont des stats extrêmement honnêtes. La saison suivante, un lockout verra le jour et le joueur partira jouer quelques mois à Belgrade. En revenant, il est agent libre et rejoint son compatriote Peja Stojakovic aux Kings. Hélas, la période Divac à Charlotte n’aura pas duré longtemps, et les Hornets n’auront rien récupéré en échange… donc Kobe a valu seulement deux ans de Divac. Certes, juger avec du recul est facile mais il faut aussi rappeler que Charlotte possédait déjà Glen Rice sur le poste d’arrière qui envoyait des stats extrêmement sérieuses (21 points, 4 passes et surtout 42% de réussite from behind the arc). 

Les incertitudes ont néanmoins persisté sur les premières saisons. Certes il y a sa deuxième saison qui convainc tout le monde du joueur qu’est Bryant et sur celui qu’il peut devenir, avec une première titularisation au All Star Game à seulement 19 ans. 

Avant cela, il y a le concours de dunks de 1997 qu’il gagnera du haut de ses 18 ans. Nous ne pouvons tout de même pas oublier les premiers playoffs contre le Jazz et son stage dans le BTP qui lui a permis d’envoyer une série de briques dans le money time. Les Lakers se font sweepés par Utah au premier tour de playoffs. Cette défaite gardera le même goût amer (tant détesté par Kobe) toute sa carrière, dont il se servira pour se surpasser et tout broyer sur son passage pendant 20 ans. Donc oui, clairement les  Hornets ont perdu ce trade et pas simplement pour sa longévité mais pour bien d’autres raisons…

Tantôt adulé ou détesté, le Mamba est sans conteste le meilleur joueur NBA des années 2000. Il est élu meilleur joueur de la décennie sur nba.com.  

Déjà en 2003, le magazine Slam le place 59e dans la classe des meilleurs joueurs de tous les temps, il grimpera en 12ème place en 2009 dans ce même classement. Pour faire simple, Kobe pèse 5 titres dont 3 gagnés en 2000, 2001 et 2002 avec le Shaq (accessoirement il s’agit d’une des 3 seules équipes de l’histoire à avoir réalisé une telle performance).

Pour décrire entièrement Kobe Bryant et sa carrière il nous faudrait de nombreuses pages tellement il y a de choses à dire et d’anecdotes à raconter. Si nous pouvions le décrire en trois mots seulement, ce serait : Compétiteur, Travailleur et Mentalité.

Kobe a vite (vraiment) éclaté auprès de toute la terre entière pendant les playoffs 2000, à la fin desquelles il remporta son premier titre NBA à tout juste 21 ans… Ses Lakers emmenés par un duo incroyablement performant écrase tout sur 3 ans et réalisent le triplé. Donc à 24 ans, Kobe Bryant est triplement bagué…? C’est tout simplement dingue. 

Néanmoins, son entente avec Shaq se détériore sérieusement, le jeune Mamba lui reprochant son manque de travail et son laisser-aller. Après deux déconvenues en playoffs en 2003 puis 2004, le Shaq quitte LA pour Miami et former un (incroyable ?) duo avec Dwyane Wade. 

Le départ du Shaq sonne aussi le départ de Phil Jackson, le coach de cette dynastie qu’étaient les Lakers des années 2000. Kobe tient enfin les clés du camion et cela se fait ressentir directement. Même si les résultats collectifs baissent un peu (les Lakers ratent les playoffs pour la première fois en 10 ans). 

Kobe et Divac sont deux joueurs que l’on comparera toujours en raison de ce trade de juin 1996 mais ils ont bien joué ensemble, grâce à un retour du serbe dans la cité des anges durant l’exercice 2004-2005, pour y finir sa carrière NBA. Et grand bien lui en prit au vu de la médiocrité de l’effectif des Lakers à cette période (sans manquer de respect à Devean George ou autre Stanislas Medvedenko). Seuls Caron Butler et Lamar Odom tiennent le scoring aux côtés d’un Kobe en plein prime individuel (27,6 pts, 6 passes, 6 rebonds, 43% au tir dont plus de 47% à deux points, et surtout quasiment 41 minutes de moyenne sur toute la saison). Mais les Lakers loupèrent le coche des playoffs pour la première fois depuis 11 ans.

En 2006, ils renouent avec les playoffs et se font éliminer de peu par les Suns. Comme son idole l’a subi plus tôt, les experts s’interrogent sur le vrai rôle de leader de Kobe. Après un exercice 2006-2007 plus que moyen, Kobe demande à être transféré avant finalement de se rétracter (heureusement pour lui et son héritage). 

Avec des victoires importantes contre des prétendants au sacre, les Lakers reprennent espoir. Le trade de Pau Gasol en février 2008 (prochain épisode ? Clin d’œil, clin d’œil…) confirme qu’il faudra compter sur les Lakers pour le titre. Ils roulent littéralement sur l’ouest en ne perdant que 3 matchs sur la route des Finales. Malheureusement, ils ne pourront que s’incliner face à des Celtics de Pierce, Jesus, Garnett et d’un des meilleurs meneurs de la ligue, mortellement efficaces. 

Ils reviennent l’année suivante avec le couteau entre les dents, ils détruisent une fois de plus la NBA en régulière. Avril arrive et après seulement 6 matchs perdus sur le chemin du sacre, ils tombent contre le Magic d’un Howard ultra dominant. Il ne gagnera qu’un seul match contre le meilleur Kobe que l’on ait pu connaître pour l’instant… Après tant d’abnégation, de travail acharné, ses efforts payent finalement, sa méthode crève enfin l’écran : il est enfin sacré comme franchise player !

Il remettra ça l’année suivante en s’offrant le doublé (ainsi qu’une magnifique revanche) contre les Celtics, les mêmes qui lui barrèrent la route deux ans plus tôt. 

Une fin de carrière qui a le goût amer du déclin, comme toute immense légende ? Kobe à bout de souffle ? Pas le moins du monde, même si les Lakers deviennent une des pires équipes NBA (malgré Dwight et les restes de Nash) mais Kobe lui reste et forme quelques jeunes (Russell, Randle, Clarkson…). 

Mais entre nous, Kobe ne serait pas le souvenir que l’on a gardé s’il n’y avait pas eu ce 13 avril 2016. Bryant entre dans un Staples Center, son Staples Center, en feu qui s’est mentalement préparé à dire au revoir au 3ème meilleur marqueur de l’histoire. Ce joueur fou mais fidèle, tantôt clutchissime, tantôt croqueur et chokeur, s’apprête à faire ses adieux à SON public qu’il a acquis depuis 20 ans de NBA. 

Ce match est tellement labellisé « Kobe », les Lakers galèrent face à un très bon Jazz, mais à quoi bon ? Kobe avait décidé que c’était SON match et pas celui de Gordon Hayward ou quelqu’un d’autre. Il finira ce match légendaire avec 60 points tout rond… 60 points à 37 ans, dont une fin de match où il mettra le Jazz dans sa chaussette gauche… La performance est tout bonnement titanesque, le Staples Center est entièrement acquis à sa cause. Il efface quasiment de l’actualité la 73e victoire des Warriors le même soir. Kobe tout simplement.  

En carrière, Kobe c’est 25 points, 4,7 passes et 5,2 rebonds en 1346 matchs, le tout dans la même franchise malgré les résultats qui commençaient à être décevants une fois le dernier titre acquis. Certes, Kobe était loin d’être un excellent shooteur, un immense passeur voir un vrai bon leader mais sa méthode était efficace, du travail, du travail et encore du travail acharné. Et elle a fait ses preuves. Sans autant de travail, il n’aurait peut-être jamais été aussi haut dans la hiérarchie du meilleur poste 2. 

Sa carrière, comparée à celle de Michael Jordan, GOAT, son modèle, son idole, n’est pas identique sur le déroulement. En effet, Jordan a commencé esseulé avec des joueurs tout juste corrects autour de lui (sans manquer de respect à Rod Higgins, Dave Corzine ou autre Orlando Wooldridge), alors que Kobe a eu comme chance de commencer sa carrière dans un immense marché avec le meilleur pivot de la ligue qui venait d’arriver, il y a pire comme cadre. Les titres arriveront plus vite pour Kobe, sans qu’il ait le même rôle que sa majesté avait aux Bulls. L’un était un excellent lieutenant et l’autre, en passe d’écrire l’histoire. Après le départ du Shaq, on retrouve dans la carrière de Kobe, les interrogations que les experts se posaient sur Michael Jordan deux décennies auparavant. Et la consécration en tant que leader arrivera plus vers la trentaine, un poil plus tard que Michael. 

What if…?

Mais malgré le palmarès immense du Mamba, il reste néanmoins de nombreux What If ? sur sa carrière (et indirectement celle du Shaq) : combien de titres auraient-ils gagné si O’Neal avait accepté de se fatiguer pendant les entraînements et de travailler, ce qui aurait empêché son départ ? Quelle aurait été sa carrière sous le maillot des Hornets ? Combien de bagues aurait-il aux doigts ? Serait-il mieux classé dans le ranking all-time des meilleurs marqueurs s’il avait eu dès le départ les clés de sa franchise ? 

Les Kings auraient-ils une bague si le nez de Mike Bibby ne lui avait pas violemment heurté le coude ? (Ou l’inverse je ne m’en rappelle plus bien). Aurait-il pu aussi bien se développer chez les Hornets avec Glen Rice devant lui dans la hiérarchie ? Et même essentiel, aurait-il été sélectionné par les frelons si les Lakers ne voulaient pas le récupérer via un trade ? Combien de bagues Phil Jackson aurait-il lui aussi si Kobe n’avait pas évolué sous ses ordres pendant toute cette période ? Que seraient tout simplement les Lakers aujourd’hui si Kobe Bryant n’y avait jamais mis les pieds ? 

Tout l’intérêt de cette série de Bonnes Mauvaises Affaires est de soulever des questions de ce genre. C’est toujours intéressant et excitant pour tous les fans de basket (et de sport en général).

Quoi que l’on puisse dire, nous ne pouvons que nous incliner devant le génie de Jerry West qui a encore une fois senti le bon coup et a fait venir un joueur qui peut intégrer, selon certains (on ne prendra pas position là-dessus), la discussion du GOAT aux côtés d’autres légendes comme LeBron James, KAJ ou encore son père spirituel, un certain Michael Jordan. Quant à Vlade, ce trade marque forcément son nom comme « celui qui s’est fait échanger contre Kobe », mais n’oublions pas le magnifique joueur que ce fut, tant au niveau FIBA au début des années 90 qu’en NBA avec les Kings au début des années 2000, où les destins des deux joueurs se croisèrent à nouveau. 

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un des trades les plus déterminants de toute l’histoire NBA, qui a permis à une franchise d’ajouter 5 bagues de plus à son armoire à trophées et d’accueillir l’une de ses plus grosses légendes. Si ce n’est LA…

0 Comments

Leave a comment

Your email address will not be published.