La question de la loyauté en NBA

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Illustration par Flo

Loyauté : fidélité de quelqu’un à l’égard de quelqu’un ou quelque chose, qui se manifeste par le respect d’engagements, de règles et d’honneur. (source : linternaute.fr)

Cette notion est souvent remise en question dans la NBA moderne et semble s’être perdue. Lointaine parait l’époque des Tim Duncan, Dirk Nowitzki, Kobe Bryant, ou Michael Jordan qui n’ont joué que pour une franchise (non, MJ n’a jamais joué à Washington, c’est faux).

La loyauté existe-t-elle encore aujourd’hui en NBA ?

Oui, mais elle a été mise à mal par des joueurs, mais également par des franchises. Zoom sur cette rupture des mentalités en NBA.


Le côté des joueurs

Dans la NBA moderne, rares sont les joueurs qui effectuent l’intégralité de leur carrière dans la même franchise. En revanche, nombreux sont les joueurs décrits comme « traitres » ou plus communément appelés « snakes ». On pense notamment à LeBron James après son départ de Cleveland pour Miami, Anthony Davis après avoir transmis sa demande de transfert aux Pelicans, idem pour Paul George avec Indiana (et rebelote pour l’ami Paulo après son trade d’OKC vers les Clippers), et enfin, bien évidemment le départ de Kevin Durant d’Oklahoma City pour rejoindre les Warriors (on peut également inclure, dans une moindre mesure, les Kawhi Leonard, Jimmy Butler, ou Kyrie Irving.)

Pourquoi sont-ils insultés, trainés dans la boue ? Pour ne pas être restés dans la franchise qui les a draftés sans gagner un titre. Ces insultes sont-elles justifiées ? Oui et non. Il est clair que voir le meilleur joueur de sa franchise partir et ainsi anéantir tout espoir de bague est un crève-cœur pour les fans. Pourtant, certains départs sont compréhensibles.

Prenons le cas d’Anthony Davis et de Paul George, qui ont tous les deux demandé un trade. Ils se trouvaient dans des situations similaires : de bonnes équipes, mais qui n’iraient jamais gagner une bague, du moins pas dans un avenir proche. Pour ce qui est de LeBron James et Kevin Durant, ce sont les départs des deux joueurs sans contrepartie, sans considération pour leurs franchises respectives (émission télé de LeBron pour annoncer son départ, et rejoindre la meilleure équipe de saison régulière pour KD) qui ont fait s’enflammer les fans. Ces 4 joueurs ont pourtant essayé pendant plusieurs années de remporter un titre avec leur première franchise, mais sans succès. Un titre de champion ne se gagne pas seul. Ces joueurs ont manqué soit d’un front office capable de leur apporter de vrais lieutenants, de vrais joueurs de talent à leurs côtés, soit d’un bon coaching. Là où un Michael Jordan est resté à Chicago mais a pu bénéficier d’un des meilleurs duo coach / General Manager de l’histoire, ces joueurs n’ont pas eu ce luxe. Cette loyauté de moins en moins présente chez les joueurs est également renforcée par un autre phénomène, en quelque sorte inverse à celui-ci : la loyauté des GMs.


Le côté des General Managers

Le manque de loyauté ou de considération des General Managers envers leurs joueurs n’est pas forcément quelque chose de nouveau. On pense notamment à Patrick Ewing ou Hakeem Olajuwon qui ont été tradés de leurs franchises (Knicks pour le premier, Rockets pour le second) de toujours au début des années 2000. Mais contrairement à ces deux légendes qui étaient en fin de carrière, les front-offices de certaines franchises se sont récemment illustrés pour trahir leurs franchise players. A la lecture de ces mots, les noms de DeMar DeRozan et d’Isaiah Thomas devraient vous traverser l’esprit.

Le premier avait passé l’intégralité de sa carrière NBA au Canada, il était même devenu le meilleur marqueur de l’histoire de la franchise. Les Raptors réalisent d’ailleurs la meilleure saison régulière de leur histoire en gagnant 59 matchs en 2017-2018. Malheureusement, les échecs à répétition des Raptors en Playoffs scelleront son sort. Il sera alors échangé dans le blockbuster trade incluant Kawhi Leonard. Cet échange a rendu DeMar DeRozan très amer et à juste titre : Masai Ujiri, GM des Raptors, lui avait confirmé par téléphone qu’il ne serait pas envoyé dans une autre franchise.

Isaiah Thomas, quant à lui, sortait d’une saison 2016-2017 exceptionnelle où il avait emmené les Celtics jusqu’à la première place de la Conférence Est. 29 points par match, 5e au classement pour le MVP, incroyablement clutch, le lutin vert réalisait la meilleure saison de sa carrière. Il subit le décès de sa petite sœur Chyna juste avant le début des Playoffs mais jouera quand même et inscrira 53 points face aux Wizards. Le numéro 4 était devenu le chouchou des fans de Boston, mais rien n’est définitif avec Danny Ainge à la tête du front office. Une blessure à la hanche et un Kyrie Irving sur le marché des transferts plus tard, c’est un Isaiah Thomas qui se retrouve envoyé à Cleveland. L’homme l’a très mal pris, et on peut le comprendre : le meneur a enchaîné les problèmes et n’a jamais retrouvé le niveau de sa saison 2016-2017.
Ces deux joueurs ont subi ce qu’on pourrait appeler un manque de loyauté de la part de leur franchise, et on peut également penser à d’autres cas similaires : Blake Griffin par exemple, avait prolongé aux Clippers, malgré le départ de Chris Paul, et avait été transféré quelques mois plus tard aux Pistons.

Ces éléments impactent forcément les joueurs : pourquoi être loyal à une franchise lorsque l’on sait qu’elle n’hésitera pas à faire des changements drastiques si elle l’estime nécessaire. Pour illustrer mes propos, on peut prendre en exemple les dires du père d’Anthony Davis, qui avait affirmé qu’AD ne signerait pas à Boston à cause… du sort que Danny Ainge avait réservé à IT4.

Ce manque de loyauté, que ce soit de la part des joueurs ou des franchises, entraîne de plus en plus de changements au sein des rosters NBA. Un joueur faisant toute sa carrière dans une franchise est désormais une exception : même Russell Westbrook, symbole du Thunder, ne joue plus pour Oklahoma (même si le divorce s’est bien passé). Les deux plus gros candidats pour ne jamais changer de franchise sont désormais Stephen Curry et Damian Lillard.


Quelles explications peut-on trouver à ce phénomène ?

Il en existe effectivement plusieurs. Parlons tout d’abord des joueurs. Ils sont draftés très jeune (entre 19 et 21 ans pour la plupart), par des franchises qu’ils ne choisissent pas, parfois très loin de leurs familles, amis, connaissances etc. Il est aisé, d’un point de vue extérieur, d’attendre de la loyauté de la part de ces joueurs. Cependant, aussi grassement payés, aussi admirés qu’ils soient, ils restent des êtres humains qui ont parfois des envies simples, comme le fait de rejoindre leurs familles (on pense bien évidemment à un certain Paul George). Ensuite, les revenus des joueurs se sont énormément diversifiés. Entre investissements, publicités, sponsors et autres, les joueurs ne dépendent plus seulement de leur salaire NBA, ce qui leur permet de refuser une offre supermax que leur franchise peut leur offrir (contrairement aux autres). Les publicités et le sponsoring constituent une partie majeure des revenus des stars NBA, ce qui les poussent à privilégier les grands marchés médiatiques, c’est-à-dire Los Angeles, New York etc. C’est donc un autre facteur qui diminue la loyauté des joueurs pour les franchises situées dans les petits marchés.

Pour ce qui est des franchises, l’explication est très simple. Les GMs, et de manière plus générale les front offices, ont des obligations de résultats, et ne peuvent se permettre de stagner. Cela les oblige à effectuer des choix, notamment lorsqu’ils sentent que l’équipe a atteint un plafond (l’exemple du cas de DeRozan est ici très adapté). Même si cela peut sembler incorrect vis-à-vis du joueur, les General Managers ont également un rôle à responsabilité, et par conséquent, d’énormes attentes de résultats.

La NBA est plus que jamais un business, et les GMs le montrent en tradant des joueurs pensés intouchables par les fans ou les observateurs extérieurs. Les joueurs ont bien compris ce phénomène et décident désormais de prendre leur destin en mains en osant quitter les franchises qui les ont draftés. De plus, le fait de gagner une bague de champion a pris une importance folle ces dernières années lorsque l’on parle de hiérarchie ou de classements entre plusieurs joueurs. En conséquence, de plus en plus de stars forment un duo voire un Big Three dans la même franchise dans l’espoir de décrocher un titre. Que ce soit GMs ou joueurs, aucun camp n’est réellement coupable, chacun fait ce qu’il estime le mieux pour lui. Ce phénomène va sans doute encore prendre de l’ampleur, et nous devrions nous y habituer.

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