Putain, on se fait chier…

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Illustration par Enzo

Ce n’est pas dans mes habitudes. Ni de faire des billets d’humeur comme celui-ci avec un ton personnel, ni d’employer, par conséquent, la première personne. Ce n’est pas non plus dans mes habitudes de me plaindre ou de râler (en tout cas sur ce site). Mais, il fallait que j’en parle, quitte à sortir de mes usages. Parce que, franchement, quand je regarde la NBA, je m’ennuie, ou « je me fais chier », pour reprendre les termes du titre volontairement provocateur. C’est pour ça que je ne regarde (presque) plus la NBA. Non pas que la passion soit partie, loin de là. Par exemple, j’ai pris énormément de plaisir à regarder la Coupe du Monde cet été, et pas que l’Équipe de France.

À la lecture de ces premières lignes, vous devez vous dire « Mais pourquoi il se plaint ce con ? Il n’a qu’à aller voir du basket européen et arrêter de nous faire chier. » Alors, oui mais non. Oui, je pourrais aller voir du basket européen parce qu’il a certainement trouvé la meilleure formule pour les matchs (j’en reparlerai un peu plus tard), mais non, parce que j’adore la NBA. J’adore son univers, ses joueurs, ses entraîneurs, ses belles histoires et puis parce qu’il y a également les meilleurs joueurs de la planète qui y jouent.

Plaisir des fans < business

La NBA est un business. On le sait. On l’a toujours su. Et tout le monde le sait. Toutefois, j’en ai marre que la ligue sacrifie le plaisir de ses fans pour gagner encore plus d’argent. (Oui, vu comme ça, cela ressemble à la naïveté d’un gamin qui vient de découvrir le monde, mais il faut retenir l’idée générale que la Ligue privilégie le business aux fans.) Je ne suis pas le seul à m’en rendre compte puisque les audiences NBA ont considérablement baissé depuis le début de saison : -23 % pour TNT et -20 % pour ESPN. Au-delà des statistiques, c’est bien une baisse globale d’intérêt qui touche la Grande Ligue. Je peux le remarquer, à ma petite échelle, sur les réseaux sociaux en discutant avec quelques personnes. Là encore, nous ne sommes pas les seuls puisque Adam Silver, commissioner de la ligue, a proposé des réformes pour attirer de nouveau les fans. Pourtant, cette saison NBA avait de quoi rassembler les foules avec la folle free agency qui a redistribué les cartes, ou avec les Warriors ayant le carré d’as (et LeBron James le carré de rois) dans les mains lors de ces dernières saisons.

J’en reviens à ce que j’écrivais au début du précédent paragraphe : la National Basketball Association est un business qui sacrifie le plaisir des fans pour « s’en mettre plein les poches » comme on dit. À votre avis, pourquoi les matchs durent près de 3 heures (pour seulement 48 minutes de jeu) ? Tout simplement pour mettre un maximum de publicités. Summum de ce fléau ? Les deux temps-morts obligatoires par quart-temps réservés exclusivement aux publicités. Alors, oui, ce n’est pas nouveau, mais à la longue, on en a gros, comme dirait l’autre. Le pire ? La NBA a mis en place, depuis la saison 2017-2018, des réformes pour que les matchs durent moins longtemps. On n’a pas remarqué la différence…

On en revient donc au basket européen. 5 temps-morts par équipe, 2 en première mi-temps, 3 en seconde, 60 secondes, interdiction de dépasser le temps. Simple, clair, net et précis. Cette règle, qui peut sembler anodine, rend les matchs beaucoup plus dynamiques. En NBA ? 7 temps-morts par équipe, 2 temps-morts publicitaires obligatoires par quart-temps (un à 5 minutes de jeu si aucun n’est utilisé et un autre à 9 minutes si aucun autre n’est utilisé), 75 secondes (qui durent clairement plus au niveau du ressenti). Cette différence peut s’expliquer par les 8 minutes en plus par match mais les faits sont là : ça dure 3 plombes.

Mauvais format de calendrier

La formule actuelle des 82 matchs s’est construite en 20 ans, de 1946 à 1966. À l’origine, la BAA (nom de l’époque) doit faire face à la concurrence d’autres ligues de basket : la NBL (avec qui elle fusionnera pour devenir NBA) et la NCAA ; mais également les autres ligues majeures des USA (dont la MLB, ligue de baseball, dans laquelle chaque franchise joue actuellement… 162 matchs !). L’arrivée de la ABA en 1967 n’arrange rien pour la NBA qui se doit encore de rallonger sa saison en ajoutant des matchs pour surpasser la concurrence : les 82 matchs étaient nés. Si l’on fait des petits calculs, le total de matchs s’élève à… 1230 matchs. Ce rythme fou, en plus de lasser les fans, pousse les organismes des joueurs, coachs et différents staffs à bout, ce qui entraîne des blessures et une impossibilité pour le mental (de certains) de suivre.

Pour pouvoir jouer autant de matchs sans tuer, littéralement, les membres de la NBA, les matchs sont donc étalés sur 6 mois. 200 matchs par mois, pendant 6 mois, quasiment 7 matchs par jour, en moyenne. C’est beaucoup. C’est trop. De plus, les matchs ne sont pas répartis de façon égalitaire par jour. En effet, cela va de 14 matchs à 1 match par nuit. Pourquoi ne pas instaurer un nombre de matchs assez régulier par nuit ? Baisser le nombre de matchs et donc avoir entre 4 et 6 matchs par jour, cela me paraît être la meilleure formule. Ce qui serait encore mieux, c’est d’avoir tous les jours comme répartition celle du Christmas Day : 5 matchs, séparés chacun par 2h30 ; donc quand l’un termine, l’autre commence. L’autre avantage considérable de ce système, c’est qu’il y aura au moins un match (voire deux) à une heure accessible pour tous les habitants de la planète. L’inconvénient étant que cela désavantage forcément les affluences dans les salles et les audiences des chaînes de télévision américaines (les matchs se joueront dans l’après-midi aux Etats-Unis), ce qui est le problème majeur – et rédhibitoire – de cette idée, malheureusement.

La saison régulière étant très longue et, au final, assez anecdotique, les équipes ne se battent pas tant que ça pour avoir l’avantage du terrain. La problématique liée à cela est le manque d’intensité global des équipes, surtout les meilleures. Combien de fois a-t-on vu des équipes de haut niveau prendre un match par-dessus la jambe et perdre un match contre une équipe largement inférieure ? C’est dommage. Et encore, je ne parle pas du load management, qui est une conséquence directe du nombre trop élevé de matchs. La technique initiée par Gregg Popovich permet d’ailleurs d’éviter les blessures, un autre fléau (le fléau majeur certainement, mais pas qu’en NBA).

Surprise… ?

J’aime les surprises, qui n’aime pas les surprises ? Non, en fait, j’aime les agréables surprises, pas les mauvaises. La NBA ne me donne pas forcément ma dose de bonnes surprises. De temps en temps, ça arrive, mais trop peu souvent. Pire, les mauvaises surprises sont beaucoup plus fréquentes que les bonnes. Rien que cette saison, OKC et Memphis sont sûrement les deux seules bonnes surprises (encore que, c’est discutable pour le Thunder). Les mauvaises surprises ? Portland, San Antonio (même si c’est un peu mieux ces derniers temps), Brooklyn, Philadelphie. Ça fait 3, voire 4 fois plus de mauvaises surprises. Certes, les bonnes surprises individuelles sont beaucoup plus présentes que les mauvaises surprises, mais le basket-ball est un sport d’équipe. C’est, personnellement, la dimension collective qui m’intéresse beaucoup plus que la dimension individuelle. Cependant, j’ai un problème en ce qui concerne les équipes NBA…

J’arrive quand même à vibrer devant certains matchs, malgré toutes les possibles réformes (irréalistes, je l’accorde) à faire que j’ai présentées. Parce que j’aime ce sport. J’aime cette ligue. J’aime les joueurs qui la composent. Mais voilà, globalement je m’ennuie.

Je vous invite, vous, lecteurs courageux qui ont lu jusqu’au bout, à me donner vos avis de quelle que manière que ce soit (commentaires sur le site, réponses Twitter, commentaires Facebook, messages privés). J’aimerais beaucoup savoir si je suis le seul qui ressent cet ennui global, et quelle en est vraiment la cause principale chez vous afin que je puisse (peut-être que nous puissions) guérir cette espèce de spleen baudelairien basketballistique.

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