Nikola Jokic : quel plafond pour le Serbe ?

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Illustration par Jeff

La NBA a connu de très bons joueurs qui n’étaient pas de très grands athlètes. On pense en premier lieu a Larry Bird, Dirk Nowitzki, ou encore Tim Duncan passé 25 ans. Tous ces joueurs ont marqué le jeu par leur QI basket, leur technique et leurs fondamentaux. Nikola Jokic est de ceux là. Ancien obèse durant l’adolescence, son seul avantage physique est d’être grand. Pour la détente et la mobilité on repassera. Mais cela ne l’empêche pas pour autant d’être le franchise player d’une des meilleurs équipes de l’ouest.

Pourtant, son potentiel n’était pas évident pour tous les scouts NBA puisqu’il n’est drafté qu’en 41e position par les Denver Nuggets en 2014. Il est envoyé un an dans le club du Meka Bemak dans le cadre d’un draft and Stash (joueur envoyé dans un championnat “mineur”, pour s’aguerrir avant de réellement débuter en NBA).

Le début de carrière

Le phénomène serbe arrive donc en NBA à 20 ans dans une équipe de Denver un peu à la peine, qui finit 10e de conférence en 2016. Mais en 2017, il se révèle réellement aux yeux du public, en devenant finaliste du trophée du MIP. Il termine cette saison en quasi double-double et démontre une belle vision de jeu, pour y ajouter 5 passes par match. Mais c’est une saison qui va surtout faire naître de la frustration. En effet, les Nuggets ratent les playoffs cette année là lors d’un 82e match de saison régulière épique. Malgré un énorme Nikola Jokic dans le 4e quart-temps pour arracher la prolongation, ce sont les Minnesota Timberwolves qui se qualifient pour les playoffs. Finalement cette déception sera une source de motivation . Malgré un Mike Malone critiqué et un supporting cast remis en question, les Nuggets vont faire taire toutes les critiques. Le Joker continue lui aussi d’impressionner en finissant sa saison avec plus de 20 points et 10 rebonds de moyenne, auxquels il faut encore ajouter 7 passes. Tout cela dans une saison où la franchise finit 2e de l’Ouest

La saison 2019/2020 des Nuggets

Candidat MVP l’an dernier, Nikola Jokic arrivait dans une année importante, celle de la confirmation. Cependant, tout ne s’est pas tout à fait passé comme espéré. Un euro raté, un début de saison mitigé lié à un manque de forme physique et des critiques qui arrivent. Mais la force de Jokic vient aussi de ses coéquipiers. Un repli défensif non assuré ? Une attaque mal gérée ? Un rythme qui ne revient pas aussi vite que souhaité ? Pas de problème pour la franchise du Colorado, les lieutenants répondent présents. Tout le monde répond présent même, de quoi cacher les performances en demi-teinte du serbe. L’équipe, toujours playoffable, est actuellement deuxième du classement derrière la machine Lakers. Cette force collective a permis de lancer la machine Nuggets, jusqu’au réveil de Jokic.

Le retour du Joker

Le pivot serbe a eu besoin d’un petit peu d’exercice pour retrouver le rythme et le niveau en accord avec son standing. Son niveau de candidat MVP est revenu depuis la série de match à domicile en décembre : 5 matchs à la maison entre le 12 et le 20 décembre, tous remportés. Depuis ce fameux 12 décembre, Jokic est redevenu un des meilleurs pivots de la ligue, avec aucun match en dessous de 12 points. Il n’y en a eu que 3 sous les 17 points et il faut ajouter à cela 8 triple-doubles et 15 double-doubles en 30 matchs. Certains matchs ont marqué la NBA, comme son record personnel de la saison au scoring, avec 47 points contre des Hawks impuissants, ou un triple-double de mammouth en 30/21/10 contre le Jazz, en faisant passer Rudy Gobert pour un défenseur de pacotille. Performance d’autant plus remarquable que cela intervient dans une victoire à l’extérieur, avec seulement 7 joueurs disponibles.

Le profil global du joueur

Les intérieurs modernes doivent avoir plusieurs cordes à leurs arcs : être capable de protéger le cercle, de switch en défense et de shooter de loin. Si le serbe n’est pas le genre de joueur qu’on est heureux de voir seul à 3 points, il ne correspond pas vraiment au standard NBA. Son manque de capacités athlétiques pour tenir en défense contre des joueurs plus vifs que lui et sa non détente aurait pu le condamner à un rôle très secondaire en NBA. Mais Nikola Jokic compense toutes ses lacunes par un sens du jeu digne des plus grands.

Offensivement

Capable de jouer le Pick&Roll à la fois en temps que porteur de balle qu’en poseur d’écran rend l’équation très compliquée. En effet, trouver un joueur capable de le défendre relève du calvaire. Déjà, aucun joueur n’évoluant sur les postes 1 2 ou 3 ne peut le défendre efficacement. Officiellement mesuré à 2m13 et 129kg, nul ne doute que la sanction au poste ne se ferait pas attendre. Le prendre à 2 loin du panier alors ? Impossible, le coéquipier laissé seul est trouvé dans la seconde. Reste donc les postes intérieurs. Mais dans la NBA moderne, beaucoup de postes 4 n’ont pas le physique pour tenir face à une telle puissance. Si la puissance est là, vient un autre problème : la technique. Même s’il n’élimine personne sur son premier pas ni sur sa vitesse, son handle et sa technique sont de vraies armes en 1 contre 1. Un meneur dans le corps d’un pivot en quelque sorte. Capable de repérer des systèmes pour lui, de finir près du panier, au poste ou à 3 points, il possède l’arsenal complet de l’attaquant impossible à arrêter.

Défensivement

La défense justement. Voici le point le plus sensible du joueur. Si on se fie aux chiffres, il peut être considéré comme un intérieur présent. Une interception et presque un contre par match, auxquels il faut ajouter les 10.2 rebonds. Mais la vérité va au-delà des chiffres bruts. Contrairement à de nombreux joueurs dans la ligue, le Serbe compense son manque de défense sur le ballon par sa défense off-ball. Il voit ainsi les rotations à effectuer et peut voir les systèmes déclenchés par les adversaires grâce à son impressionnante compréhension du jeu. Il peut aussi compter sur sa taille et sa carrure pour protéger la raquette et prendre des rebonds. Mais même cela ne suffit pas à gommer ses principaux défauts : la vitesse et l’envie. Si la vitesse risque d’être un problème toute sa carrière et peut même empirer, la motivation est un autre problème. Il est régulièrement entouré de 4 bons défenseurs qui permettent de le cacher. Ce qui arrange le grand pivot puisqu’il préfère très largement s’économiser pour l’attaque. Avec les très grosses responsabilités qui pèsent sur ses épaules, il y a assez peu de chance de voir cela évoluer.

Les axes de progression

Techniquement, il y a peu de points faibles dans le jeu de Nikola Jokic. S’il peut certes travailler son adresse extérieure pour plus se rapprocher de sa saison 2017-18 (39.6% de loin) que decla 2018-19 (30.7% de loin). Mais c’est surtout au niveau de la mentalité qu’il peut encore progresser, notamment pour cette nonchalance qui lui fait tenter et rater des passes improbables dans le dos au milieu de 3 défenseurs, ou bien qui le fait arriver avec 20 kilos de trop pour la reprise. Rien de rédhibitoire pour un tel joueur, loin de là. Mais si son hygiène de vie et sa rigueur sur le terrain deviennent égales à sa technique sur un terrain, le Joker deviendra un sérieux candidat MVP. Assez terrifiant quand on sait que le garçon aura 25 ans dans quelques jours.

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