La G-League influence la NBA bien plus que l’on ne croit

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Illustration par Enzo

13 juin 2019, les Toronto Raptors viennent de battre les Golden State Warriors en finales NBA. En quête d’un historique three-peat, ce qui n’avait plus été fait depuis 17 ans, les Warriors dits « invincibles » sont tombés. Certes, lors de ces finales, Kevin Durant a peu joué et Klay Thompson s’est blessé, mais ils ont perdu. Ils ont été défaits par cette vaillante et surprenante équipe des Toronto Raptors. Et si le grand public retiendra que le moment clé de cette quête est le trade de DeMar DeRozan contre Kawhi Leonard, le point de basculement est tout autre. Il se situe 11 ans avant ce 13 juin.

Le 15 janvier 2008, Bryan Colangelo, alors président et general manager des Raptors, dit publiquement :

« Nous envisageons quelque chose de similaire à ce que l’on peut voir à San Antonio et Los Angeles. »

The Star

De quoi parle-t-il ? De participations aux hautes sphères de la NBA ? Non, il dit que MLSE (Maple Leaf Sports & Entertainment), société qui détient les Toronto Raptors, cherche à lancer ou acquérir, dans un futur plus ou moins proche, une franchise de D-League. Le but de cette action est simple : garder, couver et développer des jeunes joueurs draftés par la franchise canadienne. Toutefois, le processus est complexe et les Raptors butent, entre autres, sur des problèmes financiers et de visa.

C’est seulement le 29 juin 2015 que l’idée qui a émergé de Colangelo se réalise. MLSE fait l’acquisition des Raptors 905 basés à 32 kilomètres du centre de Toronto. L’endroit n’est pas choisi au hasard car de nombreux joueurs (ou ex-joueurs) NBA ont grandi dans ce quartier : Andrew Wiggins, Cory Joseph et Tristan Thompson notamment. L’occasion est parfaite : développer des jeunes joueurs dans une région qui a vu germer de bons NBAers et, dans une ligue mineure dont l’importance devient grandissante dans la ligue majeure. En effet, 33 % des joueurs ayant foulé un parquet NBA lors de la saison 2013-2014 ont déjà joué en G-League. Et ce, bien avant la réforme des two-way contracts, qui a beaucoup facilité l’ascenseur G-League / NBA.

L’histoire de la G-League

S’il y a eu des prémices de 2001 à 2005, la G-League, telle qu’on la connaît actuellement, a été créée à l’été 2005 sous le nom de National Basketball Development League. Son objectif était de permettre à des joueurs, entraîneurs, arbitres ou encore GM de faire face à un univers sportif ressemblant à la NBA, sans pour autant faire le grand saut, afin de se développer à l’abri des regards. Ce que voulait à l’époque le regretté David Stern, est aujourd’hui devenu réalité.

Comme pour la NBA, ou d’autres ligues, la G-League a mis du temps avant de devenir ce qu’elle est aujourd’hui. Toutefois, le processus de développement a été relativement court en comparaison avec d’autres ligues. Tout d’abord, parce que la NBA a mis en place un lien de filiation avec cette ligue mineure. Dans ce but, dès 2005, la NBDL devient la NDL, ou D-League (NBA Development League).

Grâce à ce lien particulier, la D-League a vu croître son nombre de joueurs appelés à passer dans le grand bain : 8 joueurs (pour 8 call-ups, c’est-à-dire appel de joueur) pour la saison 2001-2002, à 27 joueurs (40 call-ups) pour la saison 2009-2010. Certains joueurs appelés ont renforcé cette expansion, tant quelques-uns ont marqué la NBA, pas forcément par leur niveau de jeu de superstar mais par leur aptitude à se différencier et à durer dans la ligue majeure, comme Chris Andersen, qui fut le tout premier call-up.

Aidée par la NBA, la ligue mineure a pu se développer doucement à l’abri des regards. A l’instar de sa grande sœur, de nombreuses franchises de D-League se sont créées, certaines ont déménagé ou d’autres ont disparu. David Stern imaginait que chaque franchise NBA ait sa franchise de D-League pour pouvoir réaliser son projet d’une véritable « ligue antichambre ».

Malgré tous ses efforts, la D-League n’est pas (ou peu) reconnue à l’échelle médiatique. Pour pallier ce problème, la NBA a (encore) renforcé les liens entre les deux ligues avec la création des two-way contracts.

Les two-way contracts : c’est quoi ?

Dans le CBA (Collective Bargaining Agreement), la convention collective de la NBA, de 2017, les syndicats des joueurs, celui des propriétaires et la ligue ont mis en place cette réforme. Le principe est simple : permettre aux franchises d’avoir 2 joueurs en plus dans leur équipe qui « font l’ascenseur ».

Dans le détail, la franchise peut donc signer 2 joueurs sous ce format. Pour qu’un two-way reste sous cette forme, le joueur ne doit pas passer plus de 45 jours avec l’équipe NBA. Le joueur touche 75 000 dollars par an, mais son salaire peut monter jusqu’à 275 000 dollars par an, suivant le nombre de jours passés avec la franchise. Les joueurs ne sont éligibles au TWC que s’ils ont moins de 4 ans d’expérience en NBA.

Si l’idée peut paraître bonne pour toutes les parties, les contrats two-way ont été la cible de beaucoup de critiques, notamment des agents de joueurs. Sans grande surprise, la raison principale de ces invectives vient du salaire perçu par les joueurs. Les joueurs ayant un contrat minimum touchent au moins 4 fois plus d’argent.

« Je pense que les two ways sont la pire chose qui est arrivée aux joueurs depuis un bon moment. Les équipes violent explicitement les règles de compensation des two ways. Il n’y a pas de bonnes façons de réguler ces contrats et les agents ne touchent quasiment rien dessus. Les franchises mentent carrément pour essayer de voler de l’argent aux joueurs et de les exploiter. »

Un agent anonyme interrogé par Basket-Infos à l’été 2018.

Ce même agent anonyme évoque également le problème de ne pas pouvoir sélectionner le meilleur joueur de G-League disponible :

« Avant, les équipes pouvaient accéder à tous les meilleurs joueurs de G-League si elles le voulaient ou en avaient besoin. Maintenant elles sont très limitées. Si une équipe a besoin d’un meneur, elle ne va pas pouvoir prendre le meilleur de G-League vu qu’il sera probablement verrouillé par une autre franchise avec un two-way. […] Le système précédent permettait le « braconnage » comme c’était appelé. Mais ça marchait dans les deux sens et toutes les franchises pouvaient braconner chez les 29 autres. »

Interrogé par Basket-Infos.

Malgré ces commentaires négatifs sur cette réforme, les franchises et les joueurs profitent mutuellement des two-way contracts et du développement de la G-League

La G-League, méthode généralisée de développement de joueurs (et de coachs)

Les exemples de joueurs performants passant par l’équipe de G-League de leur franchise pour s’imposer comme un joueur de la rotation affluent. Alors, quand les New Orleans Pelicans font l’acquisition d’une franchise nouvellement créée, les Erie Bayhawks, David Griffin, le vice-président des Opérations basket de la Nouvelle-Orléans, veut immédiatement installer une relation très proche entre les Bayhawks et les Pelicans. Afin de faciliter cela, Trajan Langdon est nommé GM des Pels, lui qui a eu beaucoup de succès en tant que GM des Long Island Nets en G-League. Dès son arrivée, il a mis les choses au clair concernant le lien entre New Orleans et Erie :

« Nous voulons reproduire à Erie tout ce que nous faisons à New Orleans. Nous allons jouer un jeu très similaire à celui que Alvin (Gentry, le coach des Pelicans, ndlr) et son staff mettent en place. Ce sera facilité pour que nos joueurs puissent le comprendre, mais cela sera extrêmement important pour les joueurs qui feront des aller-retours entre Erie et New Orleans d’avoir un jeu offensif et défensif similaire. »

Propos traduits recueillis par The Athletic.

(Depuis cette déclaration, Stan Van Gundy a remplacé par Alvin Gentry. On suppose que l’idée globale reste la même, ndlr.)

Les équipes misant beaucoup sur la G-League se multiplient, sûrement inspirés par les cas des Warriors et des Raptors. En effet, les deux équipes avaient, dans leurs rotations de la saison passée, beaucoup de joueurs passés par la G-League.

L’exemple des finales 2019 entre Warriors et Raptors

53 % : c’est le pourcentage de joueurs ayant joué en G-League, parmi les deux effectifs. 16 sur 30. Et cela, sans compter les two-way contracts. Des joueurs majeurs de la rotation des Raptors ont fait un saut fructueux en deuxième division. Parmi eux, Pascal Siakam, Fred Van Vleet ou encore Danny Green. Nick Nurse a longtemps entraîné en G-League, avant de rentrer dans le staff des Raptors en 2013.

Au-delà d’une progression à l’abri des regards, la G-League crée un environnement similaire à la NBA. Notamment au niveau de la pression. Certes, dans la Grande Ligue, c’est décuplé, mais on y retrouve la même adrénaline et la même intensité des playoffs. A propos du Game 7 contre les Sixers, Nick Nurse, vainqueur de deux titres en D-League, déclare :

« C’était plutôt similaire (à la G-League), vraiment. […] J’ai eu beaucoup de moments comme ça dans ma carrière et je l’ai ressenti de la même manière. »

Propos traduits recueillis par The Athletic.

Toutefois, deux irréductibles équipes résistent encore à l’envahisseur G-League : les Denver Nuggets et les Portland Trail Blazers. Les deux franchises de la division Nord-Ouest sont les seules à ne pas avoir de franchise de G-League attitrée. Cependant, ce sont deux des franchises qui développent le mieux leurs jeunes joueurs. Les clés de ce succès différent selon la franchise. Les points centraux sont le dévouement entier de la franchise à la progression de ces jeunes et, surtout, la patience.

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