Entretien avec Marine Johannès : Pont-l’Évêque, New York et équipe de France

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Illustration par Enzo

Il y a quelques jours, Grégoire Bellière de la rédaction d’All Around – NBA a eu la chance d’interviewer Marine Johannès, la pépite du basket français féminin. Elle a parlé de toute sa carrière, et de bien plus encore ! Retrouvez cet entretien exclusif.

“Nico (Batum), je sais que si j’ai besoin de conseils, il est là. Il a un peu un rôle de grand frère pour moi”

All Around : Comment débute ton histoire d’amour avec le basket ?

Marine Johannès : Alors ça m’est venu un peu au hasard. Pour la petite histoire c’est qu’avec ma sœur on essayait plusieurs sports quand on était jeunes, ma sœur devait faire un entraînement et finalement c’est moi qui l’ai fait. Et depuis ça j’ai pas arrêté, je me suis mise à fond dedans. J’ai regardé des vidéos sur YouTube des joueurs NBA comme Jordan ou Kobe, et en plus c’est la période où Tony Parker allait en NBA donc c’était un peu l’attraction de voir un français en NBA.

A.A : Tu parlais de Kobe, comment as-tu réagi à l’annonce de sa mort ?

M.J. : Ça m’a fait très bizarre. En plus d’être un modèle pour tout le monde avec sa mentalité et son jeu c’était aussi quelqu’un qui faisait beaucoup de choses pour le basket, que ce soit masculin ou féminin. Donc je pense que ça nous a tous rendus très tristes.

A.A. : Ta carrière débute dans le club de Pont-l’Évêque. Tu y rencontres Nicolas Batum qui est lui aussi originaire du club, quelle relation tu entretiens avec lui ? Et plus globalement avec la ville de Pont-l’Évêque?

M.J. : Nico je sais que si j’ai besoin de conseils, il est là. Il a un peu un rôle de grand frère pour moi. Il me donne des conseils et on s’écrit de temps en temps. Sinon c’est vrai que j’aime bien revenir à Pont-l’Évêque. En plus, je suis très souvent en contact avec Sébastien Monnier, le président du club. Donc il m’a permis pendant le premier confinement de venir m’entraîner à la salle, c’est aussi la ville qui m’a permis ça. Ça me fait plaisir d’y retourner, en plus on a notre camp de jeunes avec Nico là-bas : en 2018 on s’était dit que c’était le moment de le faire, parce que ça nous fait plaisir à tous les deux d’y revenir

“Mon plus beau souvenir ? Les JO 2016.”

A.A. : Après de nombreuses saisons passées en Normandie à Mondeville, tu t’envoles pour Bourges. Est-ce que ça n’a pas été trop dur de quitter la Normandie où tout avait commencé pour toi ? Le choix le plus dur jusqu’à aujourd’hui ?

M.J. : Sur le coup, oui c’est vrai que ça m’a fait bizarre. J’ai jamais vraiment voulu partir de chez mes parents, j’ai pas fait de pôle espoirs par exemple ; je voulais rester proche de ma famille. Déjà, de faire le centre de formation à Mondeville, ça a été un grand pas alors que c’était pas très loin. Et après, de partir à Bourges, ça a été dur ma première année le temps que je m’adapte, mais je pense que c’était le bon choix. Mais sur le coup, ça a été dur.

A.A. : Aujourd’hui tu es un grand nom du basket féminin français, est-ce que tu t’attendais à atteindre un tel niveau un jour ?

M.J. : Non pas vraiment, quand j’étais petite j’ai toujours voulu devenir pro, et j’ai vite su que je voulais aller le plus loin possible. Déjà, pour moi de signer un contrat pro à Mondeville, c’était énorme mais c’est vrai que tout ce qui arrive c’est plutôt des rêves. Par exemple, la WNBA c’était mon rêve, mais on ne sait jamais si ça va se réaliser. Dans ce qu’il me reste à accomplir, ce serait un de mes objectifs, un de mes rêves, de remporter un titre EuroLeague en club.

A.A. : Quel est selon toi le plus beau moment de ta carrière de joueuse, équipe de France et club confondus ?

M.J. : Le plus beau ? Juste un ? Oh là là, c’est compliqué. Je pense que ce serait les JO 2016. J’ai commencé ma préparation, c’était la première année avec l’équipe de France et je ne m’attendais pas du tout à être sélectionnée. Donc oui : les JO, et ensuite, quand j’ai réalisé mon rêve d’aller en WNBA.

“Oui clairement, nous l’objectif premier c’est l’or.”

A.A. : En parlant de WNBA, qu’est-ce que tu ressens quand tu réalises que tu vas jouer en WNBA ? Et après coup, qu’est-ce que tu gardes de cette première expérience?

M.J. : Bah sur le coup j’étais super contente. Je n’arrivais pas trop à réaliser. De pouvoir y aller, c’est quelque chose, mais montrer de quoi on est capable c’est autre chose. Nous les Européennes, on n’a pas autant d’opportunités que les Américaines là-bas. C’est pas évident de se montrer, mais sur le coup j’étais très très contente. Mon passage à New York c’est que du positif, c’était vraiment une super expérience, j’ai appris plein de choses que ce soit sur le terrain ou en dehors du terrain.

A.A. : Ta première saison avec New York se conclut sur un bilan de 10 victoires pour 24 défaites. Tu espères pouvoir y retourner pour faire mieux ? Et sur le long terme, quel est ton objectif principal ?

M.J. : Je ne sais pas du tout. Pour l’instant, j’ai encore une année ou deux avec New York. Après je sais qu’ils peuvent quand même me transférer, mais pour l’instant, je suis toujours en contact avec le coach et le General Manager de New York et ça se passe très bien. Après cet été, avec la situation sanitaire on ne sait pas ce qui va se passer, et avec l’équipe de France on a l’Euro et les JO, donc je pense que ça va être compliqué d’y aller l’été prochain. Pour moi, l’objectif c’est vraiment prendre du plaisir là-bas, réussir à m’adapter avec un nouveau rôle. C’est vrai que c’était ma saison rookie, donc j’aimerais avoir un peu plus de confiance de la part de tout le monde, sinon je ne me prends pas la tête, c’était déjà énorme d’y aller.

A.A. : Tu parlais justement du contexte sanitaire, qu’est-ce qui change réellement pour toi ? Comment, en tant que sportive professionnelle, on perçoit les salles vides, les matchs annulés et tout ce qui s’ensuit ? Et d’ailleurs récemment Tony Parker, président de ton club de l’ASVEL, parlait de la « mort du basket » comment tu réagis par rapport à ses déclarations ?

M.J. : Ça fait un peu bizarre on va pas se mentir. Sans le public, c’est comme si t’étais à l’entraînement, c’est particulier. Je pense que cette année ça va être l’équipe qui réussit à s’adapter le plus vite à tous les changements possibles qui fera la différence. Parfois tu dois jouer telle équipe et le lendemain t’apprends que tu joues une autre. On ne sait jamais vraiment ce qui va se passer, c’est un peu compliqué pour tout le monde de s’adapter mais on va s’habituer. Sinon pour la déclaration, c’est vrai que nous on ne connaît pas tous les chiffres, on sait qu’il y a des clubs qui vont être beaucoup plus en difficulté. Et même pour le basket français on va en prendre un coup, je pense que lui s’y connaît beaucoup plus donc voilà.

A.A. : Question un peu sociétale maintenant, on le sait le basket est beaucoup plus médiatisé chez les Hommes, est-ce que tu regrettes cet écart de médiatisation ? D’autant plus qu’en 2021 il y a deux compétitions importantes pour la France, est-ce que tu vois cela comme une opportunité de créer un engouement autour du basket féminin qui peut s’inscrire dans la durée ?

M.J. : C’est clair qu’on a la possibilité de faire de grandes choses. Je pense que c’est la seule fois de notre carrière qu’on aura la possibilité de faire l’Euro et les JO à un mois d’intervalle. Faut se dire que c’est un challenge qui peut donner quelque chose d’assez historique : ça ne peut être que bénéfique pour le basket féminin. Sinon, c’est sûr que nous, les sportives féminines, on aimerait que ça se développe un peu plus qu’aujourd’hui. Après, c’est la mentalité, et les gens sont habitués à regarder du sport masculin donc c’est difficile de changer les habitudes. Mais nous, on attend que ça d’être plus médiatisées. En France, on a une ligue féminine très compétitive. Il y a beaucoup d’étrangères qui viennent en France parce qu’elles savent qu’on a une bonne ligue, une des meilleures ligues européennes. Donc oui, c’est dommage. Après avec l’équipe de France on essaye toujours de montrer des bons résultats et on tente de faire changer les choses mais ce n’est pas évident pour le sport féminin.

A.A. : Toujours sur cet été avec l’équipe de France. Toi personnellement tu n’as toujours pas connu l’or, est-ce que c’est l’objectif premier ? Et est-ce que tu crains des nations comme les USA ou l’Espagne ?

M.J. : Oui clairement, nous l’objectif premier c’est l’or. On prend dans l’ordre d’abord l’Euro : on va tout faire pour gagner. On a montré de belles choses ces derniers mois, on a fait un bon TQO à Bourges. Je pense qu’on est sur un bon rythme, sur une bonne lancée, donc on espère l’or en Europe et pour ça, il faudra battre tout le monde. Après pour les JO, c’est vrai que pour nous la plus grande nation, c’est les États-Unis. Je pense qu’on est capables de battre tout le monde, les USA c’est compliqué mais on sait jamais, on reste positives. Et puis, faut profiter parce que les JO c’est pas tous les ans et c’est difficile d’y aller donc il faudra vivre le moment à fond.

“LeBron c’est le meilleur joueur du monde, je ne dis pas, mais je préfère vraiment plus le style Jordan.”

A.A. : On le sait tu suis beaucoup la NBA aussi, il y a eu des semaines chargées avec beaucoup de trades récemment, qui a réalisé la plus belle intersaison selon toi, et qu’est-ce que tu retiens de l’actualité récente ?

M.J. : Pour moi, ce sont les Suns. Je ne m’attendais pas du tout à Chris Paul, surtout que Rubio avait fait une super saison. Il a beaucoup aidé Booker à bien jouer donc je ne pensais pas que ce serait leur option de signer Chris Paul, surtout que j’ai jamais été une grande fan de lui donc j’ai pas trop compris. Sinon pour Harden apparemment il veut aller à Brooklyn, mais je sais pas si c’est super bien l’association des trois ensemble. Kyrie et Durant veulent la balle donc si tu rajoutes Harden qui joue à 1 contre 5, c’est bizarre.

A.A. : Qui est favori pour la saison à venir selon toi ? Et si tu devais donner un joueur que tu es pressée de revoir jouer, ce serait qui en premier ?

M.J. : Je pense que les Lakers seront toujours compétitifs, LeBron est toujours aussi fort donc ils peuvent faire le back-to-back. Sinon, j’ai vu récemment la blessure de Klay Thompson. Je supporte toujours les Warriors, donc c’est sûr que c’est dommage pour Thompson qu’on voulait tous revoir jouer. Du coup j’attends le retour de Curry, ça fait longtemps qu’on l’a pas vu jouer et qu’on l’attend donc je pense que ça va être sympa.

A.A. : Ultime question. Jordan ou Lebron ?

M.J. : Jordan, sans hésitation ! LeBron c’est le meilleur joueur du monde, je ne dis pas, mais je préfère vraiment plus le style Jordan. C’est beaucoup plus technique comme style de jeu (rien de surprenant pour quelqu’un qui a les mêmes initiales !, ndlr).

On remercie chaleureusement Marine Johannès de nous avoir accordé cet entretien et on lui souhaite bon courage avec l’ASVEL, New York, et bien sûr, avec l’Équipe de France !

En parallèle de cet entretien, nous avons sorti un portrait sur cette grande joueuse ! A retrouver juste ici : Marine Johannès : portait d’une joueuse hors normes.

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