Marine Johannès : portait d’une joueuse hors normes

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Illustration par Enzo

Briseuse de chevilles, impitoyable au tir, dotée d’un QI basket supérieur à la moyenne, autant de caractéristiques qui lui ont toujours valu d’être comparée à Stephen Curry. Mais qui se cache derrière ces comparaisons ? Qui est réellement Marine Johannès ?

La Normandie, berceau d’une joueuse pas comme les autres

Pour comprendre où commence le phénomène Johannès, il faut se rendre en Normandie, et plus précisément à Pont-l’Évêque car c’est dans ce club que tout commence.

C’est en plein cœur du Pays d’Auge que son amour pour le basket prend forme. Influencée par des joueurs comme Kobe ou Jordan dont elle regarde les actions en boucle sur des cassettes et des DVD qu’elle conserve précieusement. C’est donc très jeune qu’elle se lance dans le basket, et c’est le club de Pont-l’Évêque qui a la chance de voir cette petite pépite débarquer dans ses rangs. Nicolas Batum, également originaire de Pont-l’Évêque se souvient de voir ce qu’il appelle affectueusement « ce petit truc blond » qui faisait déjà forte impression du haut de ses huit ans. Elle nous a d’ailleurs confié la relation qu’elle entretient avec Nicolas Batum :

Nico je sais que si j’ai besoin de conseils, il est là. Il a un peu un rôle de grand frère pour moi. Il me donne des conseils et on s’écrit de temps en temps.

Propos recueillis par Grégoire Bellière

Très vite, le basket devient sa priorité. Elle veut faire de sa passion un métier. Alors cette véritable artiste de la balle orange s’en donne les moyens : elle rejoint le centre de formation de Mondeville à l’âge de 12 ans, une décision difficile mais juste, et signe son premier contrat professionnel en 2011. Elle impressionne déjà mais son manque de régularité ne lui permet pas de montrer toutes ses capacités.

Elle explose finalement au grand jour lors la saison 2015-2016 au cours de laquelle l’arrière tourne à 14 points de moyenne. Elle connaît alors sa première sélection en équipe de France face aux Pays-Bas, contre qui elle inscrit 15 points. Elle conserve cette dynamique sur toute la saison ce qui lui permet de réaliser son plus beau rêve : être sélectionnée pour les Jeux Olympiques de Rio en 2016. La suite de l’histoire, tout le monde la connaît : l’arrière des bleues monte en puissance tout au long de la compétition. Les yeux du monde entier se rivent sur cette artiste de la balle orange qui a réalisé l’un des plus beaux gestes du tournoi. Dans notre entretien avec elle, Marine Johannès nous a dit que cette compétition était son plus beau souvenir :

Le plus beau ? Juste un ? Oh là là c’est compliqué. Je pense que ce serait les JO 2016. J’ai commencé ma préparation, c’était la première année avec l’équipe de France et je m’attendais pas du tout à être sélectionnée donc oui, les JO.

Propos recueillis par Grégoire Bellière

Dans la défaite 86-67 en demi-finale face aux États-Unis, un éclair de génie illumine la rencontre. En milieu de deuxième quart-temps, Marine a la balle en mains. C’est l’immense Maya Moore qui défend face à elle. Et là, le génie opère : un cross qui brise les chevilles de Moore, suivi d’un step-back pour planter à 3 points dans la foulée. C’est LE geste de la compétition. La Normande que tout le monde surnomme la « petite pépite » entre dans la cour des grands.

Le début d’une nouvelle ère

Après ses fantastiques prestations avec l’équipe de France, Marine Johannès quitte Mondeville pour rejoindre le Tango Bourges. Un choix difficile, mais qu’elle ne regrette pas. Elle passe trois saisons à Bourges entre 2016 et 2019, durant lesquelles Johannès étoffe son palmarès avec notamment trois coupes de France et un titre de championne de France.

Lors de la saison 2018-2019, elle devient même la meilleure marqueuse européenne en EuroLeague, avec une moyenne de 15 points par match. Ces trois saisons lui valent d’être repérée outre-Atlantique, et en 2019 c’est la consécration ultime, le rêve qui se réalise : Johannès signe en WNBA avec le New York Liberty.

Elle devient seulement la 13ème française de l’histoire a pouvoir s’illustrer aux États-Unis. Ce premier été en WNBA se conclut avec un bilan de 10 victoires, pour 24 défaites, mais la jeune Normande ne retient que les bons côtés de cette première expérience, et espère pouvoir continuer à montrer ce dont elle est capable avec New York.

La même année que son aventure en WNBA, elle signe à l’ASVEL pour trois ans. Une nouvelle page qui se tourne pour elle avec la volonté ferme d’agrandir encore son palmarès.

L’été 2021 : objectif or !

Un été historique : c’est ce qui attend Marine Johannès et les Bleues en 2021. Entre le championnat d’Europe en juin et les Jeux Olympiques de Tokyo en juillet, Marine a la possibilité de pouvoir enfin connaître l’or en équipe de France :

Oui clairement, nous l’objectif premier c’est l’or. On prend dans l’ordre d’abord l’Euro. On va tout faire pour gagner. […] Après pour les JO, c’est vrai que pour nous la plus grande nation, c’est les États-Unis. Je pense qu’on est capables de battre tout le monde, les USA c’est compliqué mais on sait jamais, on reste positives.

Propos recueillis par Grégoire Bellière

Sur les deux derniers championnats européens en 2017 et 2019, la France s’est contentée d’une médaille d’argent. Et l’épisode le plus difficile pour Johannès fut cette 5e place au championnat du monde de 2018, après la défaite 86-65 en quarts de finale face à la Belgique. À l’issue de la rencontre Marine n’avait pas pu contenir ses larmes, et a mis du temps à se remettre de ce coup derrière la tête.

Cet été 2021 marque pour elle la possibilité de franchir un nouveau cap et de s’inscrire un peu plus dans la légende du basket féminin français. Et à 25 ans, Marine Johannès espère pouvoir emmener les Bleues sur le toit de l’Europe, et entend bien profiter de la dynamique pour marquer l’histoire.

Cette période estivale sera également une opportunité pour elle de mettre le basket féminin sur le devant de la scène. Elle qui a toujours refusé le rôle de leader vocal dans le vestiaire, aura à cœur de prendre le rôle de leader sportive pour emmener l’Équipe de France le plus loin possible, et montrer au monde entier les qualités du basket féminin français.

Comme vous avez pu le comprendre et le voir, nous avons eu la chance d’interviewer Marine Johannès. Donc, en parallèle de ce portrait, nous avons sorti l’entretien que nous avons eu avec elle ! A retrouver juste ici : Entretien avec Marine Johannès : Pont-l’Évêque, New York et équipe de France.

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