Cavs 2010-11 : Récit d’un triste record dans l’Ohio

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Credits : Elsa/Getty Images

Il existe des records dont on ne se vante jamais. Cette série de défaites consécutives battue par les Cavs sur la saison 2010-11 en fait partie. S’ils ne sont pas les seuls à l’avoir fait (26 défaites de suite pour les Sixers en 2014), le contexte autour de cette série est différent chez nos amis de l’Ohio. Tout d’abord, ils sont les premiers à avoir battu ce triste record en NBA. Ensuite, les Cavs possédaient déjà ce record de défaites consécutives, avec une série de 24 défaites entre les saisons 1981-82 et 1982-83. Alors comment une telle série a pu, à nouveau, voir le jour à Cleveland ?

Une saison 2009-10 pourtant convaincante, ou presque…

Les hommes de Mike Brown ont décroché la première place à l’Est cette saison. Emmenés par le MVP de la régulière LeBron James, les Cavs avaient même le meilleur bilan de la ligue avec 61 victoires pour 21 défaites. Les Cavaliers arrivent en playoffs avec derrière eux, un plein de confiance suite à une bonne saison régulière. Le premier tour face aux Bulls de Derrick Rose se passe sans aucun souci. Solides, les Cavs concèdent une seule défaite pour se hisser en demi-finale. Oui, mais… Les Celtics, 4es de la régulière se sont, eux aussi, facilement débarrassés du Heat au premier tour avec un 4-1.

Après les trois premières rencontres de cette demie, Cleveland menait 2-1. C’était sans compter sur un Rajon Rondo en feu, qui permet aux Celtics d’égaliser 2-2 dans la série, avec un match en 29pts-18reb-13ast. Les Cavs ont disparu de la série après ce match : d’abord un blowout avec 32 points d’écart au match 5, puis une courte défaite de 9 points sur le 6e et dernier match de la série, malgré un LeBron en 27pts-19reb-10ast. Cependant, les stats de James ne reflètent pas réellement son engagement sur le terrain, beaucoup l’accusent d’avoir volontairement perdu pour partir de Cleveland tranquillement, son body language laissait à désirer face aux C’s, il semblait avoir la tête ailleurs… Après cette défaite, Cleveland va connaître le plus gros tournant de son histoire.

“THE Decision”

« Cet automne, je vais amener mes talents à South Beach et rejoindre le Miami Heat. »

LeBron James

Le 8 juillet 2010 à 21h, face à Jim Gray, en direct du Connecticut sur ESPN, LeBron James s’apprête à lever les quelques doutes qui planent sur son futur. Ils sont plus de dix millions à suivre cet événement devant leurs écrans, les fans de Cleveland sont en train d’assister à l’une des plus grandes désillusions de leur histoire. Le King s’en va vers le soleil de la Floride, laissant derrière lui une équipe fragilisée. Les Cavs perdent également l’icône Žydrūnas Ilgauskas, qui s’en va lui aussi à Miami. Ainsi que Shaquille O’Neal, qui lui, rejoint Boston. Dan Gilbert aura bien tenté de conserver le natif d’Akron dans son effectif, mais en vain. James veut une bague, et il la veut maintenant.

Dan Gilbert le visionnaire

“Je vous garantis personnellement que les Cleveland Cavaliers vont gagner un titre NBA avant que le “roi” auto proclamé en gagne un.”

Daniel Gilbert, propriétaire des Cleveland cavaliers

Après la défaite en demi-finale de la conférence Est, le propriétaire des Cavs n’a qu’une idée : conserver LeBron en répondant à ses demandes. LeBron voulait une bague, et surtout un coach qui sait comment gagner une bague. C’est pour cela qu’après 5 saisons passées sur le banc des Cavs, Mike Brown est démis de ses fonctions. Il est remplacé par Byron Scott le premier juillet, jour où LeBron devient officiellement un free agent. L’ancien entraîneur des Hornets de New Orleans a de belles lignes sur son palmarès : il a emmené à deux reprises les Nets du New Jersey en Finales NBA, et il a remporté le titre à trois reprises durant sa carrière de joueur. Seul problème : LeBron a déjà pris sa décision, et les mouvements de Gilbert ne suffisent pas à convaincre James de rester. La réaction du propriétaire des Cavs face au départ du King ne se fait pas attendre.

“LeBron James a besoin d’une équipe avec deux superstars pour pouvoir gagner un titre.”

Dan Gilbert

Place à la saison 2010-11

Une saison qui restera gravée dans les mémoires de beaucoup de fans NBA, chacun pour des raisons différentes. Une saison où l’on a vu Derrick Rose être élu MVP, Blake Griffin en meilleur rookie, c’est également cette année que les Mavs vont être sacrés champions. Pour les fans des Cavs c’est une année cauchemardesque…

“Cette équipe peut sûrement aller en Playoffs, et peut-être plus loin encore”

Dan Gilbert

Cette citation provient de Dan Gilbert en réaction à la victoire des Cavs face aux Celtics lors du premier match de la saison. Il faut dire que l’image est belle pour Cleveland : réussir à battre l’équipe qui vous a éliminé en playoffs, et sans l’aide de LeBron James. Gilbert ne pouvait pas rêver mieux. Malheureusement les rêves se concluent toujours par un réveil, et ce dernier a été très douloureux dans l’Ohio.

Une première série de défaites : des signes qui ne trompent pas

Le 28 novembre les Cleveland Cavaliers s’imposent 92-86 face aux Grizzlies, cette victoire fait monter leur total à 7 victoires pour 9 défaites. 20 jours plus tard, avant d’affronter les Knicks à la Quicken Loans Arena, les Cavs sont sur un bilan de 7 victoires, pour 19 défaites. Parmi ces 10 défaites consécutives, se trouve un douloureux blowout contre le Heat, avec en prime, 38 points inscrits par LeBron, les huées du public n’ont rien changé à sa prestation, et Miami a infligé la pire défaite possible aux Cavs. Heureusement, les Knicks ont permis aux hommes de coach Scott de stopper l’hémorragie. Après prolongations, Cleveland l’emporte 109-102, ce qui offre un peu de soulagement aux joueurs ainsi qu’aux fans.

Le calme avant la tempête

Deux jours plus tard, les Cavs ont à cœur de confirmer cette victoire obtenue face aux Knicks. Face à eux ce soir-là, le Jazz de Deron Williams et Paul Millsap pour jouer ce match symbolique. Utah l’emporte 101-90, cette défaite marque le début d’une longue série. Deux défaites plus tard, les Cavs reçoivent à domicile le pire bilan de la ligue. Les Wolves sont sur une série de 7 défaites consécutives au moment d’affronter Cleveland. Les Cavs tiennent leur victoire, ils mènent 97-96 à six secondes du terme. C’était sans compter sur un Michael Beasley en feu, qui offre la victoire à Minnesota sur un dernier lay-up victorieux. Avec ce dernier panier, Beasley monte son total à 28 points, mais stoppe surtout la série de défaite des Timberwolves. Les Cavs eux, concèdent une troisième défaite consécutive.

Le match de la honte

Depuis la défaite contre Utah, les Cavs en sont à dix défaites de suite, ils se rendent chez les Lakers en espérant mettre à nouveau fin à cette série symbolique. Sauf que cette fois, tout ne se passe pas comme prévu, les Cavs sont menés 57-25 à la mi-temps. Prenez 30% de réussite au tir, 7% à 3pts et 38 pertes de balles, et vous obtenez une lourde défaite 112-57. La troisième plus large victoire des Lakers depuis leur arrivée à Los Angeles. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, les Cavs enchaînent une onzième défaite, la soirée est cauchemardesque. Mais un tweet va empirer une soirée déjà horrible.

“C’est fou. Le karma est une s*****, il vous rattrape à chaque fois. Ce n’est pas bon de souhaiter du mal à quelqu’un. Dieu voit tout.”

Compte twitter de @kingjames

Ce tweet, aujourd’hui supprimé, est apparu sur le compte de LeBron James pendant que les Cavs étaient en train de se faire humilier. James ne s’est jamais exprimé sur la visée de ce tweet, mais on peut assez facilement envisager que ce tacle était dirigé envers Dan Gilbert.

Une 26e défaite face aux Pistons

Malmenés par Rodney Stuckey et ses 22 points, les Cavs entrent dans l’histoire et égalisent le record de défaites établi par l’équipe de NFL des Buccaneers de Tampa Bay. Ce soir-là, c’est un profond sentiment de honte qui entoure les Cavs. Tout l’effectif sort énervé de cette nouvelle défaite, en particulier le coach Byron Scott.

“Je peux accepter la défaite, mais je trouve ça très dur d’accepter la défaite quand les joueurs arrivent sans être prêts à jouer !”

Byron Scott au micro d’ESPN

Alors que l’analyste d’ESPN, Tim Legler, avait prédit que les Cavs mettraient fin à leur série de défaites face aux Pistons, les joueurs de Détroit avaient à cœur de montrer qu’ils ne seraient pas ceux qui permettraient la fin de la série. Rodney Stuckey a affirmé que tout le vestiaire était au courant de cette “prédiction”, et qu’ils étaient motivés plus que jamais. Tracy McGrady a ajouté après le match qu’il avait entendu Tim Legler, et qu’il ne serait pas celui qui perdrait contre Cleveland.  

Enfin la lumière, merci les Clippers

“Je peux à nouveau sourire”

Dan Gibson

Les mots de Daniel Gibson après le match en disent long sur l’état mental des joueurs pendant la série de défaite. Si les Los Angeles Lakers ont écrasé les Cavs, les Los Angeles Clippers eux, leur ont sorti la tête de l’eau. Lorsque nous parlions de la première défaite contre le Jazz, les Cavs avaient un bilan de 8 victoires pour 20 défaites. Quand nous les retrouvons face aux Clippers, ils en sont à 8 victoires pour 45 défaites. Cleveland n’est pourtant pas passé loin d’une nouvelle désillusion. Alors qu’ils menaient 120-116 au cours de la prolongation, les Cavs subissent un énorme panier à trois points de Randy Foye, qui permet à Los Angeles de recoller à 120-119, avec encore 44 secondes à jouer. Avec ce qu’il considère comme son plus beau panier depuis qu’il est à Cleveland, Antawn Jamison et ses 35 points, offre à Cleveland la victoire tant attendue, grâce à son trois points salvateur à 22 secondes du terme. Après presque deux mois sans victoire, la série se brise enfin. Les Cavs s’imposent finalement 126-119, et arrêtent leur série de défaites à 26 unités.

Quelques chiffres sur la saison des Cavs :

Un des chiffres qui peut expliquer cette longue série de défaites, c’est l’absence de régularité dans les 5 majeurs. Le facteur clé de cette irrégularité étant le nombre de blessures dans l’effectif. Les blessures de Varejao et de Mo Williams ont coûté cher aux Cavs. Sur l’ensemble de la saison, Byron Scott est le coach qui a dû démarrer ses matchs avec le plus grand nombre de 5 majeurs différents. Il y en a eu 24 au total, dont 13 sur la période des 26 défaites. Sur les statistiques pures maintenant, le bilan est tout aussi sombre que le record de défaites. À l’issue de la saison, les Cavs possèdent le 29e offensive rating avec 102,2 points, et le 29e defensive rating avec 111,8 points. Ils ont également le 29e pourcentage au tir de la ligue, et le 23e pourcentage à trois points.

Trois motifs de satisfaction

Le premier point positif ? Les Cavs n’ont pas le pire bilan de la ligue. Avec leurs 17 victoires pour 65 défaites, les Minnesota Timberwolves restent derrière les Cavs et leurs 19 victoires.

Le second est simple, les Cavs ont battu le Heat de LeBron James ! Certes, ils ont perdu les trois premières rencontres face aux Floridiens, mais ils ont obtenu ce qu’ils attendaient le plus. Pour le plus grand plaisir des fans, mais surtout de Dan Gilbert, Cleveland s’est imposé 102-90 malgré un LeBron en 27pts-10-reb-12ast. Ce soir-là, le King a quitté la Quicken Loans Arena la tête basse.

Et enfin, la loyauté des fans est le dernier motif de satisfaction. On parle de personnes qui ont continué de payer leurs places pour aller voir jouer l’équipe qui était devenue la risée de la NBA, la Quicken Loans Arena avait le 12e taux de remplissage de la ligue, avec en moyenne 97.8% de la salle occupée. Pourtant, rien ne semblait donner envie d’aller voir cette équipe. Pendant le record de défaites, les fans ont assisté à 11 défaites consécutives à domicile, alors que sur les saisons 2008-09 et 2009-10 cumulées, les Cavs n’avaient perdu que 8 matchs à la maison au total. Malgré cela, la Cavs Nation est restée unie derrière ses joueurs.


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